Et dire que j’ai failli déclarer forfait... 

 

Prince_vienne
Tournée des stades, e-tickets au prix du caviar, production discographique mollasse depuis dix ans hormis quelques coups de génie (qui font d’autant plus rager du reste), bourrinade marketing  sur fond de Internet c'est fini[1] et La France t’es so lovely[2] : je me rends  sceptique le 9 juillet dernier au festival Main Square d'Arras pour le "seul concert français" de Prince cette année[3], persuadé que c'est dans les souvenirs, les albums, les diamants inédits et les perles pirates tombant régulièrement du fonky truck que l’incandescence princière se consume désormais.

Et bien non... Paf ! Il m'a encore séché sur place avec le son et l'énergie. L'homme est revenu (Le Grand Palais c'était juste pour la déco) et il est happy.

Après une heure de LOUD FUNK par Larry Graham, le légendaire bassiste de Sly and the family stone qui assure la mise en oreille, la party ‘til the end of time débute dans la cour de la Citadelle du Pas de Calais.

La silhouette de l’omni-talent, arborant un long-sleeve à son effigie (le fin du fin en matière d’ego) se décroche sur un love symbol mixé aux vitraux de la chapelle.
 

Discrètement opéré au début de l’année d’une hanche qu’il faisait souffrir depuis des années (cf. son apparition sur tabouret au Grand Journal de Canal+ en octobre 2009), celui qu'on a toujours opposé à Michael Jackson a juste rajeuni d’une décennie.

Le premier quart du show articulé sur les nerveux  Let’s Go Crazy et Delirious, avec son tabouret dégagé d'un coup de latte sur un solo de piano, donne le ton elecro-déguingué de la soirée !

Du coup, jouant du piano debout, Prince fait enfin sa revolution : fini les talons hauts, il est en baskets (ouais, c'est peut être un détail pour vous mais pour lui ça veut dire beaucoup). Retour des pas de danse et d’une décontraction que je ne lui connaissais plus, le tout saccadé de solos de guitares électriques.

Le show d'Arras est assez dépouillé : pas de cuivres, pas d’éclairages sophistiqués, la prouesse en est d’autant plus bluffante.  Apothéose funk avec l’entrée sur scène de Larry Graham pour un jam musclé sur I want to take you higher avant des versions à tomber d’Alphabet Street et Old skool Company.

Après un second rappel qui tourne au disco fever, il nous gratifie d'un dernier set sur Forever in my life, tiré de Sign of the times, seul au chant avec une drum machine. Bien moins bizarre, et en contrepoint total avec e reste du show, que le final sur une impro mystique à la guitare intituléé Let go, let god apaisant un concert à la red bull.

Je rentre en vrac à Paris, lui remet ça le lendemain en Belgique (avec en prime un aftershow à 4 du mat à Bruxelles... ). Quelle jeunesse ces quinquas...

Sur le retour, je découvre son nouvel album 20ten qui sortira gratuitement en supplément du Courrier International du 22 juillet, un mode de distribution désormais classique pour le chanteur.

L'album d'avant a été distribué dans la chaine supermarché Target aux Etats-Unis, Planet Earth a été livré gratuitement dans le Daily mirror au royaume-uni en 2007 et l'album Musicology était compris dans le prix du billet pour la tournée américaine de 2004 (ce qui en fit paradoxalement le hit des ventes US cet éte là). 

Pour les connaisseurs, 20ten est une sorte de Lovesexy pour les compos et de Controversy pour la tonalité, sans la grâce de l’un et le génie de l’autre mais avec une incontestable fraicheur et sans chercher la démonstration musicale (ce qui était le défaut des derniers albums).

Pour les autres, s'il y a un album de Prince à se procurer depuis 5 ans c'est celui-ci. Sur la même énergie que le concert d'Arras, y figurent quelques très bons titres et des mélodies qui accrochent : la ballade Sticky like Glue entre Zapp et Stevie Wonder, l’obsédant Everybody loves me (bizarre au début, contamine vite le cerveau) et surtout Laydown en titre caché (piste 77) qui remet les pendules du gros funk dirty à l’heure de Minneapolis et redonne au Prince discographique ses lettres de noblesse.

Le Prince côté scène, lui, ne deçoit que très, très rarement et souvent au prétexte blasé que ce n'était pas "aussi exceptionnel que la fois d'avant".


[1] Etonnant : il a été precurseur dans la musique sur internet opérant lui meme un site dés 1996, émettant des podcast dés 2000, distribuant plusieurs albums uniquement sur le web et fut le premier de renommé à donner en exclusivité un single à Napster à la grande époque du peer-to-peer !


[2] Figure dans tous les manuels de l’artiste américain en promotion en France. Allez comprendre, c’est mal vu pour un Français de dire qu’il aime la France, en revanche les français adorent que les stars américaines leur servent sur un plateau que "La France est le plus beau pays du monde."

[3] En fait non... Il y en aura un autre le 25 juillet à Nice... et peut etre bien que...